Romuald Pliquet

Cow garden

Noir & Blanc

Découverte un jour de Pâques en 1722 par le navigateur hollandais Jakob Roggeveen, l’île de Pâques , ou Rapa Nui en rapa nui,  est probablement un des rares endroits au monde où les mots mystère et fascination trouvent tous deux leurs sens.

Particulièrement connue pour ses statues monumentales, appelées « Moai », posées sur des autels que l’on nomme « Ahu » et son écriture océanienne unique le « rongorongo », l’île située dans le sud-est de l’océan Pacifique se trouve à plus de 2000 kms de toute terre habitée ;  sachant que ce premier bout de terre est aussi une île : Pitcairn…  Autre grand lieu chargé d’histoire dans la circumnavigation trans-pacifique puisque cette île servit de refuge aux révoltés du Bounty.

Ces monolithes, sculptés dans du tuf issu principalement de la carrière de Rano Raraku, ont toujours fascinés les hommes et furent et font encore l’objet de théories les plus folles comme l’intervention des extra-terrestres, elles représenteraient le sommet du continent englouti de l’Atlantide ou mieux encore, elles auraient marché pour se déplacer à travers l’île…

Ce fut donc comme une évidence de s’y rendre, non pas pour aller chercher une réponse à ces présences de statues posées au milieu du Pacifique avec leurs regards sans orbites tournés vers les terres mais plutôt d’aller découvrir ce qu’il s’y passe au niveau de l’océan. Peut-être que ces « Moai » cherchent-ils à protéger  un trésor océanique face à des intrus qui voudraient s’aventurer dans les vagues qui viennent frénétiquement lécher leurs pieds ?

Il me fallait donc avoir la bénédiction des ancêtres pour pouvoir espérer y mettre mes dérives à l’eau sous la bienveillance de ces regards sans vies. Pour cela, deux originaires et descendants rapa nui furent donc mes compagnons  pour m’accompagner dans cette quête individualiste. Néanmoins très rapidement, après avoir enchainé quelques barrels d’un bleu cristallin, mon intérêt se porta sur cette petite communauté surf qui ne cherche absolument pas à quitter son île malgré un isolement certain mais à faire partager son héritage culturel issu de la migration du peuple polynésien à travers le Pacifique.

Mon premier compagnon se nomme Vaenga Teao.  Né à Hanga Roa, chef-lieu de l’île, il surfe depuis plus de 25 ans et dirige, avec son frère, depuis 20 ans la toute première école de surf de Rapa Nui.  Mon deuxième est une femme dont en plus d’avoir la particularité d’avoir été la première femme de l’ile à surfer est aussi 3 fois championne du Chili et s’entraine d’arrache pieds afin d’obtenir son billet qualificatif, via les jeux panaméricains,  pour les Jeux Olympiques de Tokyo en 2020 ; son nom Pomare Tepano.

Le surf  y est né, comme ses autres cousins du triangle polynésien (Hawaii/Rapa Nui /Nouvelle Zélande), de l’héritage du peuple polynésien venu de Tahiti et ses îles et renait de ses cendres par le Duke Kahanamoku à Hawaii.  Cependant, à défaut de ses voisins, les rapa nui n’ont pas connu une évolution du surf  moderne et des planches similaire aux autres en partie dû à son isolement au monde extérieur.  Alors que les hawaiiens modernisaient les planches en bois « olo » et autres « alaia » des anciens pour enfin retrouver le plaisir de la glisse interdit par les colons ; les pascuans, eux, à défaut de bois sur l’île, coupé frénétiquement et de façon déraisonné pour y faire rouler les statues,  utilisaient le « Tortora », assemblage de roseaux que l’on trouve uniquement dans le lac de Ranu Kao.

Cette planche de roseaux était surtout mise à l’honneur tous les printemps lors de la plus grande fête de l’année. C’était une compétition où chaque participant devait s’emparer d’un œuf de sterne ; elle était précédée d’une cérémonie religieuse consacrée au culte de l’homme oiseau. Cette fête qui se nommait « Tangata Manu » avait pour objectif de désigner un second roi sur Rapa nui pour un an. Le concurrent  se dirigeait avec les autres concurrents sur la falaise d’Orongo et devait se rendre vers l’île de l’Homme oiseau sur sa planche de Tortora qui se trouve à plus de 2 kms de la côte et devait ramener en premier un œuf de sterne pondu sur l’ilot de Motu Nui. Mais il fallait aussi, pour cela, grimper, une falaise à pic de 180 mètres et ramener l’œuf sur sa tête sans évidemment le briser. Le gagnant gagnait un pouvoir considérable pour une année : il devenait second du roi ou obtenait le titre de chef militaire. Quant on sait que les tribus se bataillaient régulièrement, on peut mieux percevoir l’importance de cet homme. Cette compétition dura jusqu’à la fin du 19ème siècle, elle finira par disparaître du fait de la présence de très peu de pascuans d’origine au fil des années, les traditions se perdant. En 1910, il fut estimé seulement 110 descendants directs des pascuans sur toute l’île…

Néanmoins,  le « Tortora » continua à passionner les pascuans et son utilisation se dirigea de plus en plus vers une quête de plaisir que de pouvoir. Son sillage ne prit fin que très récemment…

Chili | Easter Island | Line up

Plage de prix : 60,00 € à 1.150,00 €

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