En franchissant la ligne d’arrivée (virtuelle) du Trophée Jules Verne, entre Ouessant et le cap Lizard, ce dimanche 25 janvier à 07 h 46, Thomas Coville et ses six équipiers à bord de Sodebo Ultim 3 ont battu le record du tour du monde en équipage à la voile. Ils ont bouclé les 22 461 milles théoriques du parcours en 40 jours 10 heures 45 minutes 50 secondes, améliorant ainsi la performance de l’équipage d’IDEC Sport de près de 12 heures et 44 minutes.
Bien sûr, l’équipage espérait passer sous la barre symbolique des 40 jours. Un objectif encore à leur portée jusqu’à cette dernière partie du parcours, lorsqu’une tempête prénommée Ingrid a balayé l’Atlantique Nord, ralentissant leur progression. Devant leurs étraves, des vagues de plus de 8 mètres et un vent soufflant à plus de 40 nœuds leur imposait la plus grande prudence. Les « Sodeboys » ont poursuivi leur route vers Brest avec la volonté de réaliser l’exploit que tout le milieu de la course au large convoite : battre le record absolu de vitesse autour du monde. C’est chose faite, et ils peuvent s’en réjouir.
Parti le 15 décembre dernier, à l’issue d’un chantier express mené sur l’Ultim au retour de la Transat Café L’Or — chantier qui avait révélé une faiblesse sur le foil bâbord —, Thomas Coville, entouré du même équipage que lors des tentatives précédentes, a surpris tout le monde en décidant collégialement de s’élancer seulement trois jours après le début du « stand-by », cette période d’attente d’une fenêtre météo favorable à un record. Comme nous l’expliquait Benjamin Schwartz juste avant le départ du ponton, la fenêtre météo était trop belle pour la laisser passer, présageant un passage de l’équateur en moins de cinq jours.
Et en effet, dès la descente de l’Atlantique Nord, Sodebo Ultim 3 se révèle très rapide. Le maxi-trimaran franchit l’équateur après seulement 4 jours, 4 heures et 2 minutes de mer, soit 1 jour et 14 heures de moins qu’IDEC Sport, dont le fantôme, sur la cartographie, ne cesse de les obnubiler. Mais les marins savent que la route sera longue et qu’un ralentissement est à prévoir avant Bonne-Espérance.
L’équipage choisit une route très Ouest, le long des côtes du Brésil, et l’Atlantique Sud se montre plus coopératif que prévu. Résultat : près de 48 heures et 1 300 milles d’avance sur le record à Bonne-Espérance. Mais là encore, l’océan Indien s’annonce bien plus complexe que ce qu’avait connu IDEC Sport qui, rappelons-le, avait bénéficié de vents portants lui permettant de quasiment faire un tout droit jusqu’au Pacifique. Sodebo Ultim 3 descend très sud, croise la route de growlers et remonte au nord des Kerguelen, rallongeant la trajectoire et multipliant les manœuvres. Le cap Leeuwin est finalement franchi avec 5 heures et 300 milles d’avance. Devant eux, le Pacifique : bientôt la moitié du tour du monde est avalée.
Lancé dans un long bord bâbord qui les mène au-delà des 60° Sud, l’équipage doit affronter les conditions glaciales des mers du Sud. À bord, Benjamin Schwartz, en charge de la navigation, ne chôme pas. Épaulé à terre par Philippe Legros, Simon Fisher et le météorologue Chris Bedford, le co-skipper de Thomas Coville assure une grande partie du travail de routage.
Après 26 jours, 4 heures et 46 minutes de mer, Sodebo Ultim 3 franchit le mythique cap Horn. Une première pour six des sept membres d’équipage — Thomas Coville étant le seul à l’avoir déjà doublé, à douze reprises s’il vous plaît. L’équipage en profite également pour signer une nouvelle performance : le record de la traversée du Pacifique en 7 jours, 12 heures et 12 minutes, battant ainsi le record de François Gabart, établi en solitaire en 2017. Le record du tour du monde est alors plus que jamais à leur portée.
Mais une mer difficile, puis la négociation délicate de l’anticyclone de Sainte-Hélène en Atlantique Sud, viennent complexifier leur tâche. Le maxi-trimaran navigue en avant d’un front, puis en bordure de la zone anticyclonique, tentant coûte que coûte de préserver le meilleur compromis cap/vitesse jusqu’à l’équateur, qu’il franchit à nouveau, signant son retour dans l’hémisphère Nord avec 21 heures d’avance sur son concurrent imaginaire, et ce malgré la casse de l’amure du J0.
Puis les choses se corsent. Après l’anticyclone des Açores, Sodebo Ultim 3 doit affronter une violente tempête s’étendant sur tout l’Atlantique Nord. Des rafales à plus de 50 nœuds à subir au travers — l’angle le plus dangereux en multicoque —, des vagues de près de 10 mètres… Jamais le maxi-trimaran n’avait navigué dans des conditions aussi extrêmes, capables d’anéantir tous les efforts consentis sur cette tentative de record. Thomas Coville et ses hommes ne disposent pas d’une avance suffisante pour se mettre à l’abri et doivent affronter cette mer dantesque.
À terre, toute l’équipe reste en alerte dès jeudi, suivant en temps réel le monitoring de l’Ultim et scrutant la moindre anomalie. Sodebo Ultim 3 s’en sortira indemne, ou presque — avec la perte du fourreau de safran tribord — et peut alors faire route vers Ouessant, encore secoué par des conditions sauvages dans le golfe de Gascogne. La saveur de ce record n’en sera que plus intense lorsque, enfin, ces conquérants des mers poseront le pied à terre, frottant de leurs mains pelées le sel au coin de leurs yeux. Et peut-être aussi quelques larmes… de joie. Thomas Coville boucle ici son 10e tour du monde. Un chiffre dont peu de marins peuvent se targuer. « Jusqu’à il y a 24 h, on n’était pas sûr de pouvoir finir ce tour du monde et de battre le record, a déclaré Thomas Coville dans le goulet de Brest. On était concentré, focus. C’est presque difficile de réaliser qu’on a réussi ce projet collectif. C’est la première fois qu’un bateau volant fait le tour de la planète sans escale. On a vraiment œuvré pour décrocher ce Trophée qu’on a décroché en 40 jours, c’est complètement affolant. »
L’équipage : Thomas Coville (skipper), Benjamin Schwartz, Léonard Legrand, Pierre Leboucher, Nicolas Troussel, Guillaume Pirouelle, Fred Denis.
Cellule routage à terre : Philippe Legros, Simon Fisher et Chris Bedford.
Plage de prix : 60,00 € à 1.150,00 €






